
Dans une contrée lointaine, un monde ou règne la magie dans un paysage de lumière, de verdure et de majestuosité.
Cette contrée pourrait être le paradis car l’on ressent de la paix et du bonheur mais comme à chaque coin de ce monde il y a le bien et le mal
Une contrée nommée Idriss…
L’aubergiste était en train de nettoyer son comptoir quand il regarda vers l’entrée, il vit un homme d’affaire avec un sac à dos. Il supposa que c’était un homme d’affaire car il portait un costume noir qui devait sortir du pressing tellement il paraissait impeccable. L’homme s’approcha de lui d’une allure imposante, il devait avoir près de quarante-cinq ans et ses yeux d’un vert si intense qu’il attira le regard des serveuses qu’il croisait sur son passage. Une force mystérieuse se dégageait de lui mais cette énergie n’effrayait pas l’aubergiste car il ressentait une sensation de bien. Cette rencontre inattendue lui apportait une sérénité et un apaisement qu’il n’espérait plus après une longue journée épuisante.
L’homme croisa le regard de l’aubergiste et lui fit un sourire.
_ Bonjour, m’sieur ! dit l’aubergiste avec l’espoir qu’il lui réponde.
_ Bonsoir aubergiste ! répondit l’homme d’un air chaleureux.
_ Qu’est ce que je vous sers ?
_ Un repas chaud et un pichet de votre meilleur vin, si possible.
L’homme regarda autour de lui comme si il recherchait quelque chose ou quelqu’un puis il reprit.
_ Avez vous des chambres ou je puisse dormir et me changer avant de dîner ?
_ Bien sur, je vous amène tout de suite la clé.
L’aubergiste chercha derrière son comptoir la clé de la chambre et servit un verre à un habitué avant de revenir vers l’homme.
_ Voilà, c’est la deuxième porte sur la droite au premier étage. J’enverrai une petite vous prévenir quand votre repas sera prêt.
_ Merci, vous êtes un gentilhomme !
L’aubergiste rougissait car c’était la première fois que l’un de ses clients lui faisait un compliment. Les clients qui s’arrêtaient chez lui étaient le plus souvent d’une froideur. Quand il sortit de ses pensées, l’homme était en train de monter les escaliers.
L’homme s’avança dans le couloir qui était éclairé par trois chandeliers disposés à des distances éloignées telles que la lumière ne pouvait inonder tous les endroits de ce long corridor et pouvait faire naître une peur dont la possibilité qu’un malfrat se glisse dans un de ces coins sombres. Cette lumière paisible n’agressait pas les yeux du visiteur et fut même appréciée, ses yeux avaient besoin d’un peu de repos car le soleil les lui avait fragilisé tellement qu’il avait brillé très fort.
L’homme était arrivé devant sa chambre et fit tourner la clé dans la serrure, la porte s’entrouvrit…
Le décor de cette auberge n’était pas très coquet mais plutôt glauque en apparence, il n’y avait pas beaucoup de lumière ce qui effrayait les femmes bourgeoises. L’homme découvrit sa chambre, elle sentait bon et la poussière ne règne pas dans cette auberge ce qui étonna son visiteur car ce n’était pas le cas dans les autres. Quelques chandeliers avaient été allumés sans doute par une des serveuses qui avait dû entendre la conversation entre l’homme et l’aubergiste.
La chambre était meublée très simplement, il y avait à la gauche de l’homme une table et une chaise en bois ; sur la table était poser du papier, une plume, un encrier ainsi qu’un chandelier éteint et au-dessus de la table une fenêtre qui donnait sur les bois magiques. En face de l’homme se trouvait une cheminée entièrement construite avec des pierres rondes et ovales, le feu avait été allumé pour réchauffer la chambre encore froide et des brins de lavande avait été posés sur le rebord de la cheminée. Au centre de la pièce, se trouvait un tapis en laine de couleur rouge qui donnait à la chambre un peu de gaieté parmi le bois qui dominait. A la droite de l’homme, un grand lit dont les draps et les couvertures avaient été tirés jusqu’en haut, deux oreillers au sommet et un édredon était replié en bas car les nuits en dehors de Idriss étaient très froides. Deux tables de chevets entouraient le lit sur lesquelles reposaient deux chandeliers allumés et tout à sa droite se trouvait une armoire entièrement gravée de dessins qui représentaient un feuillage dans un bois sombre mais d’une solidité irréprochable.
Après avoir observé sa chambre, l’homme se plaça près du feu pour se réchauffer car le froid et le vent qui sifflait à l’extérieur l’avait rendu glacé et il ne sentait presque plus ses pieds et ses mains. Au bout d’un moment, lorsqu’il ressentit la sensation de chaleur aux mains, il commença à se déshabiller pour mettre une tenue plus décontractée, il ne voulait pas entrer à Idriss avec son costume d’avocat, il voulait se fondre parmi les siens et ne pas être celui qui travaille dans l’autre monde. Pour lui, il était nécessaire de retourner dans ce monde de souffrance pour ainsi savourer la chance de vivre à Idriss. Sa famille se demandait et ne comprenait pas pourquoi il avait choisi de travailler, il pouvait juste se promener là bas mais ce qu’il souhaitait, c’était apprendre et rendre justice à ceux qui souffraient de ce monde. Avocat, c’était pour lui le meilleur métier pour réaliser et satisfaire son besoin.
Idriss n’était pas coupé du monde alors quand son patron ou ses clients avaient besoin de lui, ils pouvaient l’appeler par le téléphone portable et c’était la seule chose que les selkias blancs acceptaient comme faveur mais il fallait qu’il reste discret sur cette technologie. Les selkias blancs étaient les commanditaires du pouvoir du bien à Idriss, une sorte d’assemblée nationale représentait par sept membres.
Au moment d’enlever ses chaussures, il sentit les courbatures que lui avait laissé en souvenir cette longue marche glaciale malgré le soleil, c’était l’automne dans l’autre partie du monde mais à Idriss il n’y avait qu’une seule saison et c’était une sorte d’été des températures douces. La route était très loin de l’auberge de Ohou et il fallait marcher longtemps à travers les champs et les chemins.
L’homme fut brusquement sorti de ses pensées par un léger cognement de doigt à la porte et une voix féminine se fit entendre
_ Monsieur, votre repas est prêt !
Le lendemain matin, l’homme se réveilla avec le chant des oiseaux qui s’étaient posés sur le rebord de la fenêtre, plusieurs rayons de soleil entraient et illuminaient la chambre. Une bonne odeur qui devait monter de la cuisine se faufilait sous sa porte pour venir titiller les narines de l’homme en lui indiquant que le petit déjeuner était prêt. Entraîné par cette bonne odeur de café, de pains et d’autres choses délicieuses dont la cuisinière et le boulanger avaient préparés pour leur visiteur et eux-mêmes ; tout en essayant de découvrir ce qui l’attendait, il s’habilla d’un pantalon blanc qu’il portait large pour avoir plus d’aisance, une tunique blanche, brodée de fleur de lys par son épouse restée à Idriss et une paire de sandales.
Avant de redescendre, il rangea son costume dans son sac, il prit soin de ne pas oublier son portable qu’il mit dans une poche de son pantalon ainsi que sa dague qu’il devait porter puisqu’il était un être important au sein de Idriss et cacha le sac dans l’armoire. Il avait remarqué la veille un coffre avec une clé, il l’enferma et prit la clé qu’il plaça avec son portable. Il reprendrait son sac en repartant travailler. Avant de sortir de la chambre, il inspecta que tout était remis comme il l’avait trouvé puis referma la porte à clé.
L’aubergiste, malgré une nuit très courte, avait un grand sourire aux lèvres quand il aperçut son locataire de la deuxième chambre redescendre. L’homme portait un ensemble blanc qui amplifia sa présence et sa force mystérieuse que l’aubergiste avait perçu la veille.
Ce matin, l’homme paraissait plus jeune grâce à une nuit de repos que l’aubergiste lui avait permis d’avoir en l’accueillant dans son auberge.
Tout en marchant dans sa direction, l’homme lui disait :
_ Bonjour aubergiste! Avez-vous bien dormi? avec un sourire généreux
_ Bonjour m’sieur ! Fort bien, m’sieur ! Mais vous savez, mes nuits sont plus courtes que les vôtres ; dit l’aubergiste avec une joie de pouvoir discuter puis repris de plus belle. Et vous, m’sieur. Avez-vous bien dormi ?
_ J’ai très bien dormit, merci. Je n’ai jamais vu une auberge aussi accueillante, propre et douillette comme la votre. Je vous en félicite !
_ Merci, m’sieur ! Vous me gâtez de compliments depuis hier soir, je vais y prendre goût. Puis-je vous offrir un petit déjeuner ?
_ Volontiers, car l’odeur me met l’eau à la bouche depuis ma chambre, je vais m’installer à une table.
L’auberge de Ohou était calme en début de journée, il n’y avait que l’homme aux yeux verts et l’aubergiste, même les serveuses n’étaient pas là. L’aubergiste nettoyait les verres sales de la veille derrière son comptoir quand une femme jeune et belle entra et lui demanda :
_ Vous pourriez me servir un verre de vin, s’il vous plait ? d'une voix douce et suave.
_ Bien sûr !
L’aubergiste lui versa le vin dans un verre et retourna à ses activités mais il l’observait du coin de l’œil car une aussi belle femme ne s’arrêtait pas souvent chez lui. Elle était belle, intrigante et son sourire timide ne faisait pas disparaître son regard glacial, c’est pour son regard qui lui apportait un intérêt soupçonneux. Elle portait une longue robe d’un noir si sombre qui affinait sa silhouette déjà mince et la rendait encore plus sensuelle.
Elle regarda vers l’homme aux yeux verts qui dégustait son petit déjeuner.
_ Aubergiste, pourriez vous m’apporter un autre verre de vin pour que je l’offre à ce monsieur ? dit-elle avec un sourire timide qui la fit rougir.
L’aubergiste fit ce qu’elle lui demandait et posa le verre à coté de l’autre puis s’éloigna pour faire mine de s’occuper. Mais le temps que l’aubergiste s’éloigne, elle avait déjà versé une poudre noire dans le verre de vin destiné à l’inconnu.
De nouveau, elle regarda l’aubergiste, se racla la gorge pour attirer l’attention de ce dernier qui la regarda aussitôt.
_ Désolée de vous déranger, une fois de plus mais je suis sotte et si irréfléchie que j’en ai oublié les convenances. Je suis une femme et ce n’est pas à moi d’offrir à boire à un inconnu. Pourriez-vous… ?
_ …le lui apporter ? Bien sur, c’est vrai ce serait déplacé mais vous êtes si belle qu’il en sera honoré.
L’aubergiste était tombé dans le piége de la jeune femme et apporta le verre.
L’homme leva la tête en entendant des pas s’approcher de lui.
_ Excusez-moi, m’sieur ! Mais une jeune femme qui est au comptoir veut vous offrir ce verre de vin.
L’homme regarda au comptoir et ne vit personne, il remarqua juste la porte qui se refermait et il regardait d’un air intriguer l’aubergiste.
_ Elle n’est plus là, dommage ! Je l’aurais remercié simplement car je compte rester fidèle à mon épouse.
L’aubergiste se retourna pour vérifier, il ne restait que le verre de vin plein sur le comptoir et quand il voulu prévenir l’homme du comportement étrange de la femme, l’homme avait déjà bu le verre. Il était vide…
Elle avait réussi…
La journée commençait très bien, le soleil brillait et les oiseaux chantaient. Après un petit déjeuner copieux, l’homme avait repris son voyage vers Idriss. Le repas devait être trop gras et lourd car il se sentait un peu bizarre et des gargouillements accompagnés de maux apparaissaient au fur et à mesure qu’il avançait dans les bois magiques. Il pensait que l’air des bois allait le rafraîchir mais les maux s’accentuaient avec un bourdonnement qui l’obligeait à fermer les yeux, il avançait avec difficulté. Tout d’un coup, la forêt lui parût plus obscure, il entendait comme des respirations tout autour de lui et il lui semblait que les arbres le regardaient d’un air machiavélique comme s’ils étaient prêts à le dévorer. Par moment, il lui semblait voir une bouche ouverte qui montre toutes ses dents aiguisées sur les troncs des arbres. Puis il se mit à secouer la tête dans tous les sens tout en fermant les yeux et quand il les réouvrit, tout avait disparu. Puis il reprit la route, c’était étrange mais le mal était passé enfin c’était ce qu’il pensait car soudain…il s’arrêta brusquement.
Un rugissement se fit entendre…
Il regarda tout autour de lui et s’immobilisa, face à lui se trouvait un guépard qui l’observait, il écarquilla ses yeux et le guépard s’élança vers lui. Il pensa : « ce n’est pas réel, c’est une illusion ». Il n’y avait jamais eu de guépard dans les bois magiques, il n’y croyait pas mais la peur envahissait son corps. D’un geste rapide, il sortit sa dague et l’enfonça dans le cœur supposé du guépard. Pour ne pas voir la scène horrible et le choc brutal qu’allait se produire, l’homme avait fermé les yeux et il lâcha la dague sur laquelle reposait le corps du guépard.
Le silence était tombé sur les bois magiques, les oiseaux et les autres animaux de la forêt s’étaient arrêtés devant ce meurtre. La forêt était figée de stupeur…
_ Aaaaarrrroooooooonnn ; dit une voix murmurée venant du sol.
L’homme regarda à terre d’où venait le son mais le corps d’un enfant se trouvait à la place du corps du guépard. L’homme dont l’enfant avait appelé Aaron avait eu une illusion et il avait tué un enfant des bois magiques.
Les enfants des bois magiques étaient les protecteurs de la nature sur la terre et s’il arrivait malheur à l’un d’entre eux une malédiction attendait le peuple de Idriss.
Mille questions lui venaient à l’esprit, qui lui en voulait ? Qui lui avait jeté un sort ? Ou un poison ?
La panique montait de plus en plus, dans un moment d’élan il partit en courant vers Idriss dans l’espoir que personne ne l’avait vu à part les animaux. Il savait que rien n’empêcherait aux dieux qui les protégés de montrer leur colère et de punir Idriss.
Mais une chose échappa à l’homme.
Sa dague.
L’enfant restait là, allongé dans l’herbe, une dague dans le cœur et l’homme disparaissait dans la forêt qui s’assombrissait. La nuit noire tombait sur les bois magiques…
A suivre...
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